Ecouter les vagues et le vent pour prédire les séismes

Vue aérienne de la faille de San Andreas en Californie centrale © IKluft
La prévision des séismes est un exercice encore difficile à l’heure actuelle : le lien entre la tectonique des plaques et le déclenchement du séisme est encore méconnu. Une équipe franco-américaine, rassemblant des scientifiques des Universités de San Diego et de Los Angeles et Florent Brenguier, chercheur de l’Université Grenoble Alpes à ISTerre / OSUG (UGA, CNRS, USMB, IRD, IFSTTAR), tente de relever ce défi en enregistrant le bruit des vagues et du vent autour de la faille géologique de San Jacinto.

Au Sud-Est de Los-Angeles en Californie, la faille de San Jacinto est la plus active de la région. Située à la jonction entre la plaque océanique pacifique et la plaque continentale nord-américaine, cette zone voit survenir chaque mois plusieurs séismes de faible magnitude, alors qu’un séisme de magnitude 7,5 pourrait avoir lieu à tout moment comme le montre la pression dans les roches souterraines. Pour prédire un événement d’une telle ampleur, les scientifiques ont enregistré pendant un mois les ondes souterraines créées par le vent et les vagues le long de la faille afin de visualiser l’activité sismique dans les profondeurs.

Déploiement de 300 stations, dont les stations geospace GSR à droite, dans la région la plus instrumentée sur Terre pour la géophysique © A. Mordret

Grâce aux travaux en acoustique de Michel Campillo, sismologue de l’Université Grenoble Alpes à ISTerre, il est désormais possible de distinguer le bruit de fond souterrain des ondes créées par le vent et les vagues, ce qui permet d’échographier la croûte terrestre à plusieurs kilomètres de profondeur. Pas moins de 2 tonnes de matériel et 400 capteurs ont été installés à 5 km de profondeur pour réaliser ces mesures. Au-delà de la chaleur, cette opération a été complexe, puisque la faille de San Jacinto est à la limite de la réserve indienne Cahuilla, dont l’accès est strictement réglementé. Grâce au Consulat, notamment le Consul général de France à Los Angeles Christophe Lemoine, et au sismologue américain Frank Vernon, l’équipe a malgré tout réussi à installer ses capteurs dans la réserve mais pas aussi profond que prévu.

Toute l’équipe dans la réserve indienne Cahuilla, aux abords de la faille de San Jacinto
© A. Mordret

L’enregistrement continu sera complété par des enregistrements réguliers pendant 2 ans, pendant lesquels les téraoctets de données seront traités par des calculs informatiques puissants afin de suivre les moindres variations du signal qui annonceraient un séisme pouvant toucher les 40 millions d’habitant·es de la Californie.


Source

"Prédire les séismes en écoutant le bruit des vagues", Le Figaro, 12 septembre

Contact scientifique local

- Florent BRENGUIER , ISTerre/OSUG | florent.brenguier@univ-grenoble-alpes.fr, +33 (0)4 76 63 52 55

Cette actualité est aussi relayée par

- le laboratoire ISTerre